TÉMOIGNAGES D’AUTRICES OU D’AUTEURS  :
Christelle Pécout / Nicole Masson / Bessora / Philippe Lebeau / Julia Borsatto /Laure-Hélène Césari / Héloïse Chouraki / Laurent Mantel / Ludmila Volf / Cécile Däniker / Olivier Cohen / Mariannick Bellot / Christophe Héral / Guénaël Louër / Hélène Pince / Dominique Lemaître / Richard Dubugnon / Henri Nafilyan /

Nous avons demandé en avril 2020 aux membres des différents groupements qui composent le Snac de témoigner, en un bref constat, des difficultés rencontrées dans l’exercice de leur profession d’autrice.teur du fait de la crise sanitaire et économique.

 

Bande Dessinée / Lettres

Christelle Pécout, vice-présidente du Snac, membre du groupement Bande Dessinée / Lettres

Dans les jours qui ont suivi l’annonce du confinement, les annulations des différentes interventions que je devais faire ont suivi très rapidement. Une intervention en bibliothèque, une journée de dédicace chez un grand constructeur automobile, des ateliers dessin, et deux conférences dans un gros salon manga… Je fais partie de ces auteurs de bande dessinée pour qui le printemps, temps de festivals et d’événements autour du livre, est un moment de rencontres rémunérées nombreuses, donc rentable et important dans les revenus annuels.
Avec la pandémie, le manque à gagner pour ce printemps est dans ma situation très important. Sans compter les projets de livres qui sont repoussés ou tout simplement mis au frigo. L’un de mes projets est pour le moment dans cette dernière situation, la coautrice étant actuellement trop inquiète pour s’y remettre. Et je ne peux pas lui en vouloir car le stress aussi est un facteur à prendre en compte.
Au confinement en lui-même et à la peur du virus s’ajoute la peur de l’après. Je connais trop bien le monde du livre pour ignorer qu’il sera difficile, voire impossible, de placer un nouveau projet chez un éditeur. Difficile d’anticiper ce qu’il va se passer.

Christelle Pécout – Crédit : Christelle Pécout

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Mercenaire de l’édition – par Nicole Masson, auteure de beaux livres et de livres pratiques, membre du groupement Lettres / Bande dessinée

Parmi les auteurs, il existe une catégorie à laquelle j’appartiens, celle des rédacteurs de livres sur commande. Qu’il s’agisse de livres pratiques ou de beaux livres, de livres encyclopédiques ou de livres de jeux et de divertissement, les manuscrits ne sont produits qu’à mesure qu’ils sont commandés et intégrés au programme d’un éditeur. À l’heure du confinement, toutes les maisons d’édition, grandes ou petites, retardent, diffèrent, déprogramment, et surtout ne lancent plus de nouveaux projets. Les mercenaires de l’édition comme moi en sont réduits à boucler les réalisations en cours sans savoir exactement quand ils paraîtront, à laisser en stand-by d’autres projets qui sont en suspens, à ne plus avoir d’interlocuteur pour lancer de nouveaux chantiers. Si on ajoute la saisonnalité de plus en plus forte dans l’édition, avec les livres-pour-se-faire-du-bien au printemps et les livres-à-offrir pour Noël, il est clair que les répercussions du Covid-19 vont se faire sentir jusqu’en 2021-2022.

Nicole Masson – Crédit : Yann Caudal

 

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Peut-être, peut-être pas – par Bessora, vice-présidente du Snac, membre du groupement Lettres / Bande Dessinée, et présidente du CPE

Le 15 mars, situation anticyclonique, jusqu’en 2021 (et au-delà) : deux tiers d’à-valoir à percevoir sur un contrat de prête-plume, un autre contrat d’édition qui doit arriver dans la semaine, pour la parution d’un roman en janvier 2021. Mais encore, opportunité, à l’automne d’une « réécriture de traduction ». Et puis une présentation d’œuvre en mai 2020. Et cætera. Et soudain, confinement.
Deux-tiers d’à-valoir gelés parce que la compta est fermée.
Un contrat qui se fait désirer parce que l’éditeur a d’autres problèmes à régler.
Présentation d’œuvre annulée.
La réécriture de traduction n’est pas totalement foutue : l’éditeur a acheté les droits en Corée, mais il ne sait pas s’il va pouvoir les exploiter : parce que, et si 2021 était une année de surpublication, pilonnage de masse, et prix cassés ?
Peut-être, peut-être pas, on ne sait pas.

Bessora – Crédit : Jean-Hugues Berrou

 

 

 

Doublage / Sous-Titrage / Audiodescription

Réinventer demain – par Philippe Lebeau, vice-président de l’Union professionnelle des auteurs de doublage (Upad), membre du groupement Doublage / Sous-Titrage / Audiodescription

Le flux normal de mon travail d’auteur-dialoguiste s’est, avec la crise sanitaire, légèrement détendu. Je continue à adapter quelques épisodes de série déjà tournés, mais je n’en vois guère de nouveaux se profiler à l’horizon. Si des délais moins serrés donnent plus de temps pour peaufiner des détails, ils sont aussi l’indicateur que les enregistrements sont aujourd’hui bel et bien à l’arrêt. Beaucoup de mes confrères et consœurs se retrouvent sans activité, et l’absence de statut d’auteur se fait plus que jamais sentir : il rend extrêmement difficile l’accès aux aides de l’État et suscite des inquiétudes légitimes.
Persuadé que nous sommes la réponse aux questions inédites que nous nous posons, je consacre une partie de ce supplément de temps à échanger, avec les organisations professionnelles où je suis actif, sur les dispositions à faire connaître aux auteurs pour bénéficier des aides d’urgence, et sur les actions à entreprendre pour nous coordonner et maintenir nos activités d’auteur en vie : les tournages étant à l’arrêt complet aux États-Unis, reste à évaluer quels films et séries sont en postproduction, ainsi que les solutions envisageables pour reprendre au plus vite les enregistrements de doublage dans des conditions sanitaires sûres et réalistes.
Je consacre le peu de temps libre qui me reste à accorder la plus grande place possible à ce qui nous tient debout, à ce qui nous permet d’avancer : la réflexion, les proches, les plaisirs que l’on croyait acquis, l’écoute active de ceux qui sont plus que jamais loin. Le défi que représente pour moi ce confinement ? Concilier la difficulté d’accepter la fragilité de nos existences avec l’excitation de devoir, dès maintenant, réinventer demain.

Philippe Lebeau – Crédit : Carole Cadinot

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Un passage à vide en 2020 mais aussi en 2021 – par Julia Borsatto, traductrice et adaptatrice de l’audiovisuel, membre du groupement Doublage / Sous-Titrage / Audiodescription

Pour ma part, cela n’a pas beaucoup changé pour le moment. Les projets en cours n’ont pas été annulés, même si certains ont été décalés, notamment dans le doublage où toutes les sessions d’enregistrement avec les comédiens ont dû être reportées. Comme la plupart de mes collègues, je n’ai pas reçu de nouvelle commande depuis le début de la crise sanitaire, peut-être cela va-t-il changer avec l’annonce d’une date de fin de confinement.
Il me semble toutefois difficile d’évoquer les répercussions sur nos métiers en s’en tenant aux mois présents et à venir. Il y a certes un impact évident dans l’immédiat, notamment pour le sous-titrage des films programmés dans le cadre des festivals qui ont été annulés. Mais l’arrêt généralisé des tournages de films et de séries dans la plupart des pays et pour une durée indéterminée peut aussi faire craindre un certain passage à vide dans la distribution en salles et la diffusion de programmes TV et VOD non seulement en 2020 mais aussi en 2021.

Julia Borsatto – Crédit : Samuel Lavie

 

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Autrice et mère en confinement – par Laure-Hélène Cesari, vice-présidente du Snac, traductrice audiovisuelle, membre du groupement Doublage / Sous-Titrage / Audiodescription

Le télétravail est bien connu des traducteurs de l’audiovisuel, mais avec des enfants collés à soi et à faire travailler, adieu la productivité. Quand on n’est ni concentré ni disponible totalement, essayer de traduire avec des enfants est utopique et frustrant. Je travaille principalement le soir, et le week-end, où mon conjoint prend le relais. La journée, j’essaie de rester réactive, mais il n’est pas évident de se poser pour répondre aux mails des coauteurs ou des clients qui n’hésitent pas à relancer. Si le doublage a subi un gros ralentissement, le sous-titrage n’a été que très peu mis sur pause. Le confinement n’a pas changé grand-chose à mon planning prévu en mars-avril, que j’avais voulu léger. Mes collègues et moi avons continué à travailler sur les séries en diffusion (une série américaine a cependant été écourtée, les derniers épisodes n’ayant pas pu être tournés). Et si le mois de mai s’annonce léger, en juin c’est le calme plat. Je n’ai pas reçu de nouvelle commande pour l’instant. Ce n’est pas inquiétant, dans le métier on a une visibilité assez courte, mais il ne faudrait pas que ça dure.

Laure-Hélène Cesari – Crédit : Rémi Poulverel

 

 

 

Audiodescription

L’Autrice, le virus et la sécu… – par Héloïse Chouraki, adaptatrice et audiodescriptrice, membre du groupement Doublage / Sous-Titrage / Audiodescription

Adaptatrice et audiodescriptrice, je n’ai pas reçu de commande depuis le début de la crise du coronavirus et je n’ai pas pu démarcher les clients. J’ai la chance de vivre le confinement dans un grand confort, à la campagne, mais j’aurais eu du mal à travailler en parallèle de l’école à domicile.
Je suis tombée malade (comme toute ma famille) la troisième semaine de mars et je suis en arrêt maladie depuis début avril. Même bénin, le virus pompe beaucoup d’énergie.
L’aide aux entreprises n’est pas (encore ?) accessible aux auteurs sans Siret.
Pour le paiement des indemnités journalières, c’est toujours compliqué. La communication entre l’Agessa et la sécu semble coupée. J’ai eu du mal à obtenir mon attestation de revenus auprès de l’Agessa (Il faut passer par le site). La dite attestation ne peut être envoyée à la CPAM que par la Poste… Tout cela n’est pas fluide, mais les problèmes financiers ne viendront que dans plusieurs semaines puisque nous sommes payés en décalé.
Pour l’instant, je me réjouis que nous soyons guéris sans complications, et j’espère une reprise de l’activité, dans une économie qui se réinventera peut-être, plus consciente d’elle-même et de son pouvoir de destruction, pour être la plus respectueuse possible de chacun.e.

Héloïse Chouraki – Crédit : Stéphane Jacob

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L’audiodescription est-elle une activité essentielle ? – par Laurent Mantel, audiodescripteur, membre du groupement Doublage / Sous-Titrage / Audiodescription

Mon activité d’audiodescripteur confiné se résume en un mot : néant. C’est paradoxal pour un métier qui se déroule essentiellement chez soi ! Il faut dire que j’ai très vraisemblablement contracté le fameux virus début mars, avec des symptômes modérés, mais beaucoup de fatigue et que je n’ai pas eu l’énergie de relancer mes commanditaires habituels. D’après les échos de collègues, la plupart des studios d’enregistrement étant bloqués, la chaîne de la postproduction est arrêtée. Je sais que certains studios travaillent malgré tout et doivent en profiter pour récupérer des clients, quitte à mettre leurs salariés en danger. L’audiodescription est-elle une activité essentielle à la vie du pays ? Cela se discute, mais il faudrait que les règles soient les mêmes pour tous en ces temps où la solidarité est indispensable. Quoi qu’il en soit, je n’ai même pas eu l’idée de me mettre en arrêt maladie et mes revenus d’auteur sont tombés à zéro, il n’y a pas de chômage partiel dans notre profession.

Laurent Mantel – Crédit : Emmanuel Valette

 

 

 

 

Théâtre / Scénographie / Danse

La vie sans culture ouvre un trou béant – par Ludmila Volf, scénographe et peintre décoratrice, membre du groupement Théâtre / Scénographie / Danse

En tant qu’auteur plasticienne je travaille comme peintre décoratrice et comme scénographe. En procès depuis 2015, pour obtenir la reconnaissance de mon travail, mon affaire est en stand-by, gelée comme la justice ; cet investissement m’a isolée ces dernières années et, contrairement à d’autres, cette crise qui nous saisit n’interrompt pas de projets en cours ; je n’en ai eu ni les conditions sociales, ni les conditions de santé. Je suis concernée par l’effondrement de la chaîne des métiers de la création avec, entre autres, l’annulation des festivals. Si j’avais un poste fixe, la sidération serait peut-être moins grande, mais j’ai le statut d’auteur (Maison des Artistes) et celui d’intermittente du spectacle, tous deux précaires.
La vie sans culture ouvre un trou béant et il faudra rebattre les cartes pour remettre en jeu l’utilité de la culture dans la société afin que les auteurs qui sont à la racine de la création ne soient pas les grands oubliés d’un système qui marche sur la tête.

Ludmila Volf – Crédit : Ludmila Volf

 

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Comment s’entraîner dans deux mètres carrés – par Cécile Däniker, chorégraphe, directrice artistique de Danse en Île-de-France, membre du groupement Théâtre / Scénographie / Danse

Les artistes dans la danse sont doublement touchés car non seulement les théâtres sont fermés mais les danseurs doivent s’entretenir tous les jours pour garder leur forme physique comme les sportifs. Alors ils s’entraînent comme ils peuvent chez eux dans leur appartement ou maison et ceci tous les jours. Comme pour tous dans le spectacle vivant, le manque de présentation devant le public est difficile psychologiquement mais aussi financièrement. Les danseurs dans les compagnies financées par l’État sont beaucoup mieux protégés car leur emploi ne risque pas de disparaître. Par contre il y aura très probablement la disparition de compagnies de petite et moyenne taille à la suite de cette période.
Les cours dans les écoles de danse sont complètement à l’arrêt. De mon côté, je me suis mise à faire des cours adaptés « à la maison » pour tous mes élèves en visioconférence. Je n’ai aucune idée si d’autres professeurs font pareil. Ceci me donne pas mal de travail. J’ai dû revoir totalement ce qui serait possible de faire dans deux mètres carrés. Parmi les jeunes dans les écoles de danse il y en a qui se destinent à devenir artistes professionnelles et l’arrêt total d’entraînement pourrait complètement empêcher leur avenir. Comme pour les professionnels dans notre domaine, la fermeture de tous les théâtres a annulé notre spectacle de fin d’année, qui était programmé en juin, et ceci pour toutes les écoles de danse.
C’est une période très difficile pour toute la culture. Il va falloir tenir bon afin de repartir quand ça sera possible mais sûrement la situation restera compliquée pour un certain temps.

Cécile Däniker – Crédit : Guy Queuil

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Retrouver notre place au cœur de l’acte théâtral – par Olivier Cohen, auteur, réalisateur audiophonique et (parfois) metteur en scène ; membre du groupement Théâtre / Scénographie / Danse

Les projets avortés, les conditions de travail calamiteuses, les contrats non honorés, pour les raisons les plus absurdes, nous y étions habitués. Pour la première fois, néanmoins, nous subissons un arrêt d’activité sans la moindre perspective. Même avec deux bouts de ficelle, même devant une audience symbolique, nous ne pouvons rien faire… et pour longtemps ! L’inquiétude éloignera des théâtres les spectateurs durant plusieurs mois. Alors qu’espérer ? Nous qui n’existons et ne subsistons que grâce à notre audience ? Nous qui, pour la plupart, faisons partie des précaires parmi les précaires. Comme beaucoup, je suis durement touché. Cette saison constituait l’aboutissement d’une longue période de travail : quatre créations au mieux reportées sine die, au pire annulées !
Si nous espérons des réactions fortes de nos tutelles qui doivent (enfin) remplir leur rôle – protéger nos métiers, ne nous voilons pas la face : nous ne vivons pas une tragique mise entre parenthèses ! Une situation des plus tendues nous attend à la sortie de la crise. Les efforts à accomplir pour rebâtir l’économie justifieront un grand ménage ! Les luttes d’influence seront âpres. Nos métiers ne peuvent, ne doivent plus se satisfaire d’une continuelle course en avant, d’une inflation de projets à peine répétés, joués trois ou quatre fois et jamais repris. Nous devons interroger le sens du spectacle. Que veut-on créer ? Pour qui ? Mais aussi pourquoi ? Alors, peut-être, pourrons-nous retrouver notre place au cœur de l’acte théâtral.

Olivier Cohen – Crédit : Manuel Gouthière

 

 

Audiovisuel / Radio

C’est plus l’avenir que le présent qui m’inquiète – par Mariannick Bellot, scénariste et documentariste, membre du groupement Audiovisuel

Scénariste, je travaille en fiction et en documentaire. La radio reste mon port d’attache le plus fréquent, même si l’année passée, par exemple, s’est menée essentiellement sur des projets sonores pour des musées, et l’année précédente sur des dessins animés.
Dans un premier temps, j’aurais pu penser que le confinement allait assez peu affecter mon activité, consacrée ce printemps-ci à l’écriture. En réalité, j’ai dû me transformer en professeur à domicile pour mes trois enfants, ce qui ne me laisse pas de temps pour travailler. Tous mes projets en cours ou à venir (principalement avec Radio France) ont été gelés. J’ai fait une demande auprès de la Sécurité sociale (pas encore de réponse), auprès de Pôle Emploi pour recouvrer le statut d’intermittente (idem). Les critères des demandes d’aide auprès de la Scam et la SACD ont l’air si complexes que j’attends le retour à la normale pour pouvoir m’y consacrer. Enfin, Radio France a fait le choix de verser aux CDDU* un salaire correspondant à un sixième des salaires perçus les six derniers mois. Mais c’est plus l’avenir que le présent qui m’inquiète.

* Le contrat de travail à durée déterminée d’usage (CDDU) est un contrat de travail à durée limitée spécifique dont l’utilisation est réservée à certains secteurs d’activités.

Mariannick Bellot – Crédit : Anaïs Bellot

 

 

 

Musiques à l’image

Une performance notoire – par Christophe Héral, compositeur de musiques de jeux vidéo, membre du groupement Musiques

Un jeu vidéo est avant tout un logiciel. L’informatique est donc au cœur de l’industrie du jeu vidéo.
En cette période de Covid-19, les membres de l’équipe du jeu BGE2, développé à Montpellier, travaillant généralement en open space, se sont retrouvés confinés, avec une logistique technologique particulièrement difficile à mettre en place, qu’Ubisoft a su gérer au mieux. Des outils comme Skype, Zoom et autre Whatsapp ont remplacé les réunions in situ. Nous sommes mi-avril, et BGE2 n’a pris qu’un mois de retard, ce qui est une performance notoire quand on pense qu’il y a plus de 300 salariés sur cette production, dont aucun n’a été ni en arrêt maladie, ni en chômage technique. Ceci étant, il y a fort à parier qu’in fine, le jeu pourrait être décalé de deux ou trois mois.
Il n’en est pas de même pour d’autres studios de développement de jeu, indépendants, qui n’ont pas la capacité d’organisation d’Ubisoft, et rencontrent beaucoup plus de problèmes liés au travail à distance. Cette crise, si elle devait durer, pourrait s’avérer très critique pour ces TPE déjà fragiles.
Même si cette industrie se porte plutôt bien en période de confinement, les inquiétudes des éditeurs grandissent concernant le pouvoir d’achat des joueurs dans un futur proche.

Christophe Héral – Crédit : Maud Héral

 

Musiques actuelles

Ma crainte ? Que tout redevienne comme avant – par Guénaël Louër, parolier, membre du groupement Musiques

Parolier, responsable digital, animateur de réseaux, c’est en tant que commercial dans l’édition que je perçois la majorité de mes revenus. Pas facile d’avoir mille vies lorsqu’il ne nous reste que 24 heures par jour à vivre. En réponse à cette pandémie, j’ai ressenti le besoin d’appeler mes proches, mes amis. Appeler et non mailer. Histoire d’être là. Avec eux. D’autant plus si, de près ou de loin, le Covid a pu les toucher 24 h / 24. 7 j / 7. La vie de famille n’a jamais été aussi intense. Nous. La maison. Le jardin. Les projets. Ma compagne psy qui s’est mise à la téléconsultation. Ma fille en sixième. Tout ça At Home. Le premier album de Jeanne JULIEN que je coproduis avec elle, et dont j’ai écrit la très grande majorité des textes a vu sa sortie repoussée. Nous ne l’avions pas anticipé, alors on s’adapte. Dans la semaine du 1er mai devrait sortir un single version numérique puis un second, avant la sortie physique de l’album pour septembre. Ma crainte ? Que tout redevienne comme avant. Et moi dedans.

Guénaël Louër – Crédit : Guénaël Louër

 

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À Tous Les Dinosaures du domaine Artistique, les Indépendants – par Hélène Pince, auteur mélodiste, membre du groupement Musiques

En tant qu’Auteur Mélodiste Indépendant (albums, musiques de films, génériques d’émissions, manuscrits jeunesse) :
J’ai senti l’impact assez vite, je devais aller au salon du livre de Versailles (en mars) présenter un projet de livre audio pour Enfants, j’y avais prévu un rendez-vous important pour le projet, mais l’annulation du salon du livre a empêché la rencontre. J’avais aussi mis en place une dynamique envers le service culturel d’un pays étranger, le contact était Très bienveillant et devait être approfondi lors de deux représentations exceptionnelles, mais la situation du confinement a tout suspendu, et c’est terre inconnue…
Également, je souhaitais faire vivre le projet sur scène, et j’avais tissé des liens avec deux producteurs de spectacles pour enfants. Auront-ils la même fougue à s’ouvrir à de la création singulière… quand on sait qu’il y a eu deux mois d’arrêt complet des spectacles, en dates programmées ?
Je crée en parallèle sur des albums, durant un mois et demi ce fut une perte totale de repères, car la situation impactait, troublait… On ne savait plus où l’on allait… Il y avait du temps… mais il y avait un vrai tournant… à venir.
Les Artistes m’expliquaient des problématiques assez logiques… suite à des séries, de dates, de concerts annulés, etc., et se demandaient même si en novembre… ils pourraient effectuer les dates programmées…
Je suis un être qui crée, qui n’attend pas le jour meilleur, mais il est bien évident que j’ai constaté que tout était bloqué, et j’ai dû gagner en sagesse de l’accepter car je n’ai pas d’autre choix en tant qu’auteur mélodiste indépendant…
Il serait, donc, intéressant d’inclure cette catégorie de dinosaures… dans la liste de ceux qui traversent l’orage.
Je vous souhaite à Tous de Retrouver la Joie d’un Chemin plein de Lumière Créative.

Hélène Pince – Crédit : Hélène Pince

 

 

Musiques contemporaines

Des conséquences immédiates – par Dominique Lemaître, compositeur, membre du groupement Musiques

1. Les cinq concerts de mars à mai 2020 reportés ou annulés.
Il s’agissait de concerts monographiques ou quasi monographiques.

Dimanche 31 mai – Paris (75019), Théâtre de Verre, dans le cadre de la saison Infuse.
Six compositions de musique de chambre et d’ensemble interprétées par douze musiciens.
Une proposition de report à début 2021 a été faite mais… aucune solution n’a été trouvée pour le moment.

Jeudi 21 mai – Paluel (76), Le Clos des Fées
« SOLOS », parcours artistique et musical avec la participation de sept plasticiens et de sept musiciens interprètes.
Une proposition de report au 18 avril 2021 a été étudiée avec l’assistante culturelle du lieu. Elle est à confirmer par la municipalité de Paluel.

Samedi 16 mai – Bernay (27), Théâtre Édith-Piaf
Concert « Saxopholies » en partenariat avec le CRI de Bernay
Avec la participation de 52 saxophonistes !
Une proposition de report à janvier-février 2021 a été faite. Le CRI a donné son accord de principe, nous sommes en attente de la réponse du Théâtre de Bernay. Mais le problème sera également de trouver une date car le Théâtre de Bernay a évidemment déjà planifié sa saison 2020-2021.

Dimanche 5 avril à 16 heures – Dans le cadre des Journées Européennes des Métiers d’Art – Chez Pianormandie à Rouen
« Concert-Rencontre » avec la participation de trois interprètes.
Concert reporté au 29 novembre 2020

Samedi 14 mars à 15 heures – Honfleur (14), Médiathèque
Concert « Textes et Musiques » dans le cadre du « Printemps des poètes »
par sept musiciens interprètes
Concert reporté au 13 mars 2021

2. La conférence du musicologue Pierre Albert Castanet sur « La Couleur en musique » qui devait être donnée à Mont-Saint-Aignan dans le cadre l’Université de toutes les cultures et du Festival Normandie impressionniste le 12 mai 2020 et se terminer par la projection de la vidéo de la création de mon œuvre Sur l’île ovale de couleur bleue est annulée.

3. Les commandes en attente d’une réponse, d’une confirmation ou d’un contrat
En théorie j’ai quatre œuvres à écrire pour 2021 et 2022 MAIS pour aucune d’entre elles je n’ai reçu une confirmation ferme.
– La réunion de la fondation Salabert qui devait se tenir en mars a été reportée sine die.
– Les dossiers des commandes d’État « déconcentrées » déposés dans les DRAC fin décembre sont dans un stand-by qui se prolonge…
– Pour un projet en Picardie, les collectivités territoriales n’ayant pas été élues en mars aucune décision ne peut être prise pour le moment.
– Je suis également en attente d’une réponse du département de Seine-Maritime. Les réunions prévues n’ont pas été organisées.
Aucune nouvelle…

4. Projet de film compromis ?
Le réalisateur-vidéaste Pierre Goupillon envisage de concevoir, en coécriture avec le musicologue Pierre-Albert Castanet, un film documentaire (de 52’) sur mon travail et ma démarche ; pour ce faire il devait filmer mes trois concerts de mai prochain… (qui sont donc annulés ou reportés).
À ce jour je ne sais pas si ce projet pourra être reporté.

Dominique Lemaître – Crédit : Nathalie Dumesnil

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Le point de vue personnel d’un compositeur professionnel – par Richard Dubugnon, compositeur, membre du groupement Musiques

Personne ne l’avait vu venir, ce virus. Jusqu’au dernier moment, on se disait que ça n’arriverait pas jusqu’à nous, que cela ne durerait pas, que cela n’affecterait pas notre quotidien ni nos projets futurs. Raté. Le pire, c’est qu’on ignore quand cela va s’arrêter et combien de temps il nous faudra pour revenir à la normale, si cela est même possible, ce dont je doute.
Pour un compositeur vivant uniquement de sa musique, à savoir des droits d’auteurs, commandes et concerts, l’impact est désastreux : pas de chômage, pas de statut d’intermittent, donc pas d’autres revenus. Heureusement, certains ont la chance de pouvoir compter sur le Comité du Cœur de la Sacem ou sur l’Académie des Beaux-Arts qui offrent des aides de secours. Je suis fier et reconnaissant que de telles actions existent en France, car ce n’est pas le cas dans beaucoup de pays.
À l’époque de la grippe espagnole en 1918 qui fit des millions de morts en Europe, on avait une riche création musicale (L’Histoire du Soldat, Les Planètes de Holst, Symphonie n° 1 de Prokofiev, Le Château de Barbe-Bleue de Bartók, etc.*), ceci sans internet et les réseaux sociaux.
La crise sanitaire arrive comme un coup de grâce à notre artisanat qui souffrait déjà d’un manque de mise en valeur et de reconnaissance dans un monde où on s’intéresse de moins en moins à la création musicale, totalement absente de la télévision.

Je me demande parfois avec tristesse à quoi bon continuer de créer, si cela n’était pour moi une nécessité vitale et une source d’équilibre.

*https://fr.wikipedia.org/wiki/1918_en_musique_classique

Richard Dubugnon – Crédit : Ruslan Makushkin

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Cinéma et musique dans l’œil du virus – par Béatrice Thiriet, compositrice, trésorière adjointe du Snac, du groupement Musiques, membre de la commission audiovisuelle à la Sacem, secrétaire générale de l’UCMF 2018-2019.

Ce qu’il se passe à cause de cette crise sanitaire est une catastrophe pour les compositrices et compositeurs de musique originale. D’une part les tournages s’arrêtent ou ne démarrent pas, ce qui peut évidemment occasionner des dépôts de bilan chez les producteurs indépendants. Et du remous chez les majors : licenciements, etc. Mais à l’instant T les films qui devaient sortir sont bloqués. Il y a en France en moyenne une vingtaine de films distribués par semaine, donc 240 au minimum tous les trois mois.
Ça fait beaucoup dans un paysage et une distribution déjà super embouteillés… La suppression des festivals et évidemment le report de Cannes risquent aussi de créer un choc puisque le marché à Cannes est le plus important dans le monde. Ça peut avoir deux effets : soit tout est décalé et ce n’est finalement pas très grave, soit une majorité des films produits cette année ne seront pas distribués en salles, et, de ce fait, ne s’inscriront pas dans la chronologie des médias. L’impact pour la ou le compositrice.teur, c’est qu’il ou elle sera privé.e des revenus de ses droits sur les salles et, plus grave, des passages télé des sorties en salle … Pour éviter ça il faudrait faire une dérogation, imaginer une sortie technique sur les plates-formes genre Vimeo, avec promotion sur internet, comme Netflix l’a fait pour la sortie du film de Scorcese, et permettre les sorties salles et les diffusions télé ensuite … Évidemment, si les festivals jouaient le jeu, comme par exemple le Festival Cinéma du réel, qui a magistralement réagi en diffusant toute sa programmation sur internet via Vimeo… Bravo à Catherine Bizern sa présidente ! Ça sauverait bien des économies et des vies… Pour une compositrice comme moi : un long métrage annulé en avril, et une commande de création contemporaine en septembre repoussée à mars de l’année prochaine… Un espoir de sélection à Cannes à l’eau… et au minimum un an de répartition Sacem décalée… Voilà. Espérons que les chaînes joueront le jeu en diffusant un éventail de films représentant toute la diversité du cinéma français.

Béatrice Thiriet – Crédit : Jérôme Diamant-Berger

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Être membre du Snac prend tout son sens – par Henri Nafilyan, compositeur, membre du groupement Musiques.

Le confinement que les autorités nous imposent semble être la seule barrière contre ce virus, encore est-elle fragile. C’est surtout un terrible aveu d’impuissance d’une société incapable de protéger ses ressortissants.
Cette pandémie nous pendait au nez ! Les alertes étaient nombreuses, les craintes des spécialistes, exprimées.
Les conséquences d’un tel enfermement pour les artistes, matériellement fragiles, qui ont besoin de la présence d’un public pour donner vie à leur art, sont désespérantes.
Je ne m’étendrai pas sur mon cas, conservatoire fermé, concert aux Amériques annulé, projets interrompus, etc. L’onde de choc économique ne m’a pas encore touché ; nous verrons dans quelques mois. Je pense à ceux dont la situation financière dépend de cette communion artistique compromise pour une durée indéterminée.
Je sais que notre Snac fera tout son possible pour soutenir, aider, conseiller ses adhérents (et pas seulement) en difficulté. Notre syndicat saura aussi placer notre État imprévoyant (le mot est faible) devant ses responsabilités.
Plus que jamais, être membre du Snac, sentir cet élan de solidarité qui l’anime à l’égard des créateurs, prend, par les temps qui courent, tout son sens.

Henri Nafilyan – Crédit : E. Carrère

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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