Crédit : Marie-Servane Bargy
Bulletin des Auteurs
– Comment se définit le métier d’agent ?

Marie-Servane Bargy – La loi définit peu le métier d’agent et encore moins celui d’agent d’auteurs (scénaristes et auteurs réalisateurs). Nous sommes censés « placer » les artistes qui nous mandatent et défendre leurs intérêts. A minima un agent négocie les contrats moyennant une commission de 10% sur l’ensemble des sommes perçues par l’auteur (en dehors des droits de diffusion), versées par le producteur. L’agent apprenant son métier « sur le tas », je serais favorable à la mise en place de validations d’acquis professionnels, voire de formations complémentaires spécifiques, comme dans n’importe quel autre métier.

B.A. – Vous avez créé l’agence Synapsis pour représenter les jeunes scénaristes.

M.-S. B. – Synapsis a commencé avec des scénaristes débutants puisque je débutais moi-même en tant qu’agent. Je me suis naturellement dit que nous pourrions grandir ensemble eux et moi ! Depuis, il y a eu de très belles rencontres et une dynamique s’est créée, motivante, enthousiasmante. Le « bouche à oreille » fonctionne et de plus en plus d’auteurs aguerris m’accordent leur confiance. J’aime particulièrement porter et défendre les projets personnels, montrer qu’un auteur n’est jamais condamné à la seule commande, fédérer les rencontres et les associations de talents. Rien ne me nourrit plus que les auteurs eux-mêmes, leur personnalité, leur parcours. Quand je peux avoir le rôle de ces petites étincelles sans lesquelles il ne se serait peut-être rien passé, je jubile !

B.A. – Comment procédez-vous avec les auteurs ?

M.-S. B. – Je n’hésite pas à dire ce que je pense du texte, voire à faire retravailler si besoin. Lorsque j’ai compris les intentions de l’auteur et que je suis convaincue par le projet, je vais voir les producteurs. Je cherche alors le producteur qui sera sensible au sujet et avec lequel l’auteur pourra s’entendre et travailler sur le long terme a priori. Je cherche donc à rencontrer et à connaître toujours plus de producteurs. L’idée est de provoquer les bonnes rencontres au bon moment. Ce n’est pas toujours simple !

B.A. – Vous signez un contrat avec l’auteur ?

M.-S. B. – Avec les jeunes auteurs, oui. Un contrat de prestation. Nous travaillons ensemble, pour atteindre des objectifs fixés ensemble et notamment celui de devenir scénariste professionnel, capable de vivre de sa plume. Pour que chacun s’investisse, nous partageons les investissements et les risques. J’ai en effet mis en place un système de minimum garanti que je leur demande d’honorer. Cette « avance » est compensée par l’application d’une commission plus faible. Cette démarche instaure un respect mutuel du travail. Je suis le prestataire de l’auteur, mais sans un travail préalable de l’auteur, je ne peux pas grand’chose. Avec un auteur confirmé, il y a moins d’attentes irréalistes, pas de « formation continue » à effectuer, une meilleure connaissance du marché. Le contrat que nous passons n’est donc qu’un contrat moral. Si je travaille sur un projet, et si ce projet trouve un producteur, je percevrai une commission. Mais je ne demande pas d’exclusivité pour autant car je n’ai pas de forte valeur ajoutée sur tous les domaines de l’écriture. Le même auteur, en fonction de son projet et de sa polyvalence, devrait pouvoir s’adresser, au sein de son agence, à la personne spécialiste de la télévision, ou de la BD, ou du cinéma. Confier une exclusivité à une seule personne censée posséder tous les réseaux, toutes les compétences, n’est pas réaliste pour moi.

B.A. – Vous intervenez au Festival international des scénaristes ?

M.-S. B. – Voici trois ans que nous y avons initié avec la scénariste Christelle George un « espace Bleus » à destination des auteurs émergents. Nous essayons de transmettre les bases et les réalités du métier, sans langue de bois. Le Festival de Valence est pour nous un rendez-vous unique où les plus grands sont accessibles et bienveillants envers les plus jeunes. Professionnalisme et détente à la fois, que demander de plus ?

(Cet entretien est paru dans le Bulletin des Auteurs n°121, en avril 2015.)

Crédit photo : Marie-Servane Bargy

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